Saint-Malo

Voir les photos

000 — 000

Après Brooklyn, Lisbonne ou encore Paris, This is not a map présente la ville de Saint-Malo, photographiée par Gaëlle Magder et Guillaume Lebrun. Cette série est le fruit d’un travail en duo, qui se veut un regard sensible et singulier sur ces lieux déjà tant photographiés. Il est né de la rencontre de deux amoureux de la mer et des voyages. Guillaume, malouin d’origine puise son énergie et sa vitalité dans les embruns de sa ville natale, alors que Gaëlle, bretonne d’adoption, a longtemps voyagé avant d’ancrer son cœur à Saint-Malo. À la recherche d’images et de points de vue atypiques, ils ont sillonné les terres malouines d’Intra-muros aux Rochers Sculptés, en passant par la Pointe de la Varde ou encore la Cité d’Aleth.

L’écrivaine Hélène Gestern, dont l’attachement à Saint-Malo et le goût pour la photographie résonne dans les ouvrages, leur a prêté sa plume pour l’écriture d’un texte qui dialogue avec leurs images.

 

 

D’abord il y a la lumière. Celle que l’on connaît et qu’on ne reconnaît pas. Celle qui sature la silhouette du fort de son bleu intense, décalé, presque méditerranéen, face à l’ocre scintillant du sable. Celle qui donne au môle des Noires des airs de serpent joyeux s’enfonçant dans la mer ; et aux nuages la silhouette d’allègres voyageurs faisant halte dans un ciel turquoise. Et l’autre, plus familière, plus lente, celle qui habille d’ombres puissantes les rangées de brise-lames, qui prélève son nuancier dans le gris et l’émeraude nappant quotidiennement ville, port et mer ; celle des coulées verticales de soleil sur les façades et des reflets dans les flaques ; celle qui ricoche contre les pavés délavés d’embruns et de sel.

Et puis, de photo en photo, l’œil en retrouve la mémoire, de cette lumière de spectacle, de théâtre, de panorama, dont la plage du Sillon se fait quinze fois par jour l’écran géant : densité de l’orage, alors que sous la couche épaisse des nuages en colère, le miroir liquide du reflux flambe en nappes d’argent, lumière pâle, grise, presque baltique, du petit matin brumeux qui ourle la crête des vagues, lumière lourde et étirée du soir qui descend sur l’eau et l’habite, l’enveloppe, s’en nourrit, dans un dialogue éternel qui ressemble à un éternel miracle.

Il y a dans ces photos l’histoire de l’amour d’une ville qu’on connaît et qu’on ne connaît pas ; parce que soudain une autre mémoire, délicate, singulière, précise, s’y attache et s’en empare. Il y a dans ces carrés de couleur la quintessence de la splendeur discrète de Saint-Malo, plus forte que tous les alcools forts, un spectacle immuable et mobile dont on voudrait se saouler encore et encore. Il y a dans ces photos le sel sur la peau, le bruit des vagues, la rumeur des mouettes et des enfants qui jouent, la silhouette des bateaux : des instants de pur, de calme bonheur suspendu, accord parfait entre l’eau, la pierre, les corps et le regard. Il y a la lumière.


Hélène Gestern